JOUR-NA-LISTE !

Parlons un peu de The Newsroom, la nouvelle série d’Aaron Sorkin produite par HBO, voulez vous ? Ce scénariste oscarisé et créateur très talentueux de séries américaines dont certaines sont devenues cultes se lance dans un exercice risqué : nous emmener chaque semaine au coeur de la salle de rédaction du bulletin d’infos du soir d’une chaine d’infos en continu. Le présentateur vedette est un homme qui croit profondément à son job mais s’est laissé bouffer par tout le baratin autour du désintérêt du public pour les infos. Il s’est forgé petit à petit une image d’homme lisse et consensuel, utilisant son intelligence et son talent de répartie pour mettre son public de son coté. Et puis, lors d’un conférence organisé dans une université, il pète un câble et explique à la jeune étudiante qui vient de lui poser la question qu’il ne peut pas lui dire pourquoi les USA sont la plus grande nation du monde parce que c’est pas vrai, parce que ce n’est plus vrai. Et que cette triste réalité vient du fait que les infos n’existent plus, qu’elles ne sont plus faites par des gens qui y croient et qui veulent informer leurs concitoyens pour leur permettre de comprendre et de débattre des grands sujets qui agitent la société et la politique américaine.

Bien sûr, cela ne passe pas : on ne dit pas à une jeune et jolie étudiante émotive qu’elle pose une question idiote, surtout quand on lui démontre par les faits l’imbécillité du propos. Ben oui, elle est traumatisée par cet horrible type qui lui a dit d’horribles choses. Marrant, elle devrait être traumatisée d’apprendre tout cela non pas dans une salle de classe, ce qui est le lieu logique pour apprendre les données démographiques de base de son pays, mais dans une conférence - spectacle. Et du coup, poursuivre en justice sa fac, son lycée, l’intégralité des établissements et professeurs de son cursus scolaire et pour faire bonne mesure, poursuivre aussi les responsables des programmes de son état ET les responsables fédéraux. Cela serait vraiment américain : de l’audace, du culot, une vraie dose de rébellion, le tout mixé avec un solide appétit pour la vérité. Passons.

Bref, notre présentateur télé est un peu dans la mouise. De plus, il revient quelques jours plus tard au travail pour s’apercevoir que toute son équipe file avec le nouveau présentateur du 22h. Et que son boss a engagé une nenette qui revient d’Afghanistan, Irak et Pakistan pour produire son émission. Une femme qu’il connait et qu’il ne veut pas revoir. A deux doigts de s’en débarrasser, une niouze tombe : la plateforme Deepwater Horizon vient d’exploser dans le golfe du Mexique. Et la machine conçue par Aaron se met en place : nous sommes au milieu d’une salle de rédac’ qui va arrêter l’infotainment et se mettre à faire ce pour quoi elle existe : informer.

Olivier Joyard l’a écrit dans un papier très inrokuptiblement correct, The Newsroom est une série casse-gueule pour Aaron Sorkin. HBO lui a donné carte blanche et il va traiter d’un des sujets qui lui tient le plus à coeur : la place, le rôle et l’importance de l’information dans la société américaine. 

Casse-gueule car il va devoir naviguer entre le Charybde de la critique permanente et stérile et le Scylla d’une vision romantique et totalement déconnectée de la réalité des médias contemporains.

Casse-gueule car c’est bien beau de démarrer avec la pire catastrophe écologique qu’aient connu les USA jusqu’à présent, mais il va falloir durer : cette série n’est pas un petit truc et si le message doit passer, il aura besoin que The Newsroom s’installe pour des années dans les foyers américains - et mondiaux !

Casse-gueule car Aaron Sorkin s’attaque au rôle et fonctionnement des médias par le biais de la télévision alors même qu’Internet - mais pas seulement - a bouleversé tout l’équilibre de l’écosystème médiatique et que la télévision s’apprête à vivre un assaut encore mal appréhendé du online via les Smart-TV. Il y a un risque non négligeable qu’il se soit engagé sur une piste qui ne soit que le récit d’un passé révolu.

Casse-gueule enfin car Aaron Sorkin, s’il réussit son pari, va présenter à une profession un reflet dans le miroir qui a certains cotés passablement dégueu, reflet qu’elle n’a donc pas envie de regarder. Et qu’elle n’est pas prête à affronter. Et le monde des médias ne va pas se contenter de détourner les yeux de ce reflet qui ne lui plait pas, non, il va riposter. Aaron Sorkin a peut être plus de plumes à laisser en cas de succès qu’en cas d’échec. 

Cependant, The Newsroom est une série que nous devons regarder toutes et tous : son ambition est de restaurer l’image des journalistes et de nous donner envie de demander à nouveau une bonne info. Cela me concerne à double titre : en tant que citoyen, je veux, non j’exige que nous soit fournie une bonne info, travaillée, vérifiée, mise en perspective. Objective autant que possible. 

De plus, je suis journaliste, encore nouveau dans cette profession. Pourtant, à 45 ans, je n’ai plus la tentation du regard romantique sur une carrière professionnelle : j’ai choisi ce métier par passion, une passion dévorante, une envie énorme, folle, de trouver et de vous expliquer, au moins en partie, ce qui se passe dans le monde autour de vous. Je crois en ce métier, je crois en la nécessité d’être informé en tant que citoyen.

The Newsroom va sans doute être régulièrement pour moi une source de remise en question : j’ai tant à faire pour m’améliorer. Mais je vais aussi la prendre comme un puissant moteur, une sorte de coup de pied au cul régulier : je veux être un jour dans une Newsroom capable de vous sortir non pas un “scoop” mais une info solide que vous pourrez croire. Rien de tel que de regarder vers le haut pour se motiver. C’est ce que j’attends de cette série : Aaron Sorkin doit faire son boulot avec suffisamment de génie pour me motiver chaque semaine. 

Quand je vous disais que c’était un exercice casse-gueule … ;-)

France 2 : une soirée électorale vieillotte et vide d’infos.

France2-equipe-présidentielle-2012

Hier soir, France 2 a consacré l’intégralité de sa soirée - de 18h30 à minuit passé - au second tour de l’élection présidentielle. Des moyens considérables ont été mobilisés pour faire suivre ce moment important de la vie politique française aux téléspectateurs du service public. Mais, qu’ont-ils appris véritablement ? Rien ou presque.

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misforfrog:

The first two reasons for sopa acta pipa are quite obvious to all of us, I guess. on one hand there’s the usual greed, on the other the fear of the “power of the people”, as shown in the arab spring.

But there’s something else that has just come to my mind. How about culture and knowledge itself?…

Pourquoi McDo devait se planter sur sa campagne twitter …

#McDo a récemment lancé une campagne de pub sur #twitter avec une belle idée - sur le papier - qui consistait à créer un hashtag bien conçu pour raconter des histoires, belles de préférence, autour de la chaine de Fast-Food.

Las, si l’idée était bonne, elle a tourné au cauchemar à une vitesse stupéfiante. Des twittos ont colonisé le hashtag pour raconter des histoires autour de McDo, mais pas du tout dans le ton recherché par la multinationale. Résultat : non seulement les histoires dégueu sont très rapidement devenues plus populaires que les tweets concoctés par les service marketing, mais la communauté des twittos s’est en plus foutu de la gueule de McDo pour être tombé dans un panneau aussi grossier.

In fine, au lieu d’améliorer son image, McDo sort avec une réputation de Fast-Food dégueu et d’un amateurisme total sur les réseaux sociaux. Un désastre.

Comment dire ? MacDo est une multinationale qui nourrit des millions de gens chaque jour. Son job est de permettre aux gens de bouffer rapidement, sans que cela ne leur coute trop cher. Le Big Mac est devenu l’un des indicateurs les plus fiables pour mesurer le pouvoir d’achat dans chaque pays et les différences de pouvoir d’achat entre pays.

Mais McDo n’est pas une entreprise que ses clients aiment et ont envie de défendre. McDo fait de la bouffe vite et pas cher. pas de la “bonne bouffe”. Le critère qualité n’est pas la raison pour laquelle ses clients lui achètent ses produits. 

Venir donc sur un réseau social mêler sa parole dans le flot des internautes, dont un paquet ont un jour mis les pieds dans un McResto, c’est prendre le risque de les entendre, dans le cadre “officiel” venir exprimer leurs griefs. Ce qu’ils ont fait. McDo a très mal placé sa communication “interactive” en choisissant le thème sur lequel l’entreprise est le plus faible.

Si McDo faisait preuve du même amateurisme dans son activité principale, je crois que les messages d’expérience cracra de clients dégoutés ne se compteraient pas par centaines mais dizaines de milliers voire millions. Et il y aurait des morts à la porte des boutiques !

Une entreprise sur les réseaux sociaux se doit d’être aussi pro que dans son activité. C’est un message que nous devons dire et redire, inlassablement. Surtout à nos entrepreneurs français, qui n’ont déjà que trop tendance à se prendre les pieds dans les tapis de la comm’.

(Source : grist.org, via futuramb)